Spiritfarer

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Depuis quelques années, le domaine du jeu vidéo touche vraiment à tous les sujets, aussi difficiles soient-ils. Si les AAA se contentent bien souvent de rester en terrain connu, les indépendants ne se privent pas d'explorer chaque recoin possible.

Le studio Thunder Lotus Games, via leur jeu Spiritfarer, tente de traiter le sujet du deuil. Pour cela, on incarne Stella, qui remplace Charon au poste de "Spiritfarer". Comme son prédécesseur, sa tâche sera d'accompagner les défunts dans leur dernier voyage.

Rencontre avec Charon - Spiritfarer
Comme quoi, la retraite, c'est pour tout le monde...

Un concept et une histoire touchante

Le concept du jeu est assez simple, vous récupérez des personnes décédées sur votre bateau et l'objectif est de prendre soin d'eux jusqu'à ce qu'ils soient prêts à "partir".

Discussions, retrouvailles avec d'autres personnes, d'autres lieux, apprécier une recette particulière, les demandes de vos passagers sont variées et se présentent comme des quêtes à accomplir. Le ton est parfois léger, parfois pesant, et chaque défunt va "vivre" plus ou moins bien sa situation.

Leur état est d'ailleurs représenté ingame via une barre d'humeur, qui indique les actions qui les ont aidé à aller mieux, et celles qui les ont - au contraire - irrité. Dans cette interface, vous avez également la liste des compétences du personnage. Il/Elle vous aidera dans vos différents travaux, en récoltant des ressources à votre place.

Puis vient le moment de la séparation, après en avoir appris un peu plus sur le défunt, sur ses joies, ses craintes, ses ami·e·s, sa famille... Vous vous rendez à l'Everdoor qui illustre cet article : là où vous avez commencé et là où le voyage s'achève.

Et vous poursuivez avec les autres personnages. Cela vous amène dans de nouveaux lieux, explorant de nouvelles villes, rencontrant de nouvelles personnes et d'autres requêtes. Voilà la boucle scénaristique de Spiritfarer.

Personnage de Gwen - Spiritfarer
Gwen vous guidera au début...
Barre d'humeur - Spiritfarer
N'oubliez pas les 5 étoiles pour votre Uber !

Un éternel recommencement

Concernant son gameplay, la boucle est assez simple. Pour accomplir les requêtes de vos passagers, vous allez avoir besoin de ressources. Elles sont assez variées, car vous avez besoin de cuisiner pour vos gens. Cela nécessite des bâtiments spécialisés, donc vous avez besoin de matériaux. Un champ, un verger, une cuisine, la chambre d'un passager... Il y en a pour tout le monde.

Pour obtenir ces ressources, il faudra naviguer entre plusieurs lieux. Depuis votre carte, vous indiquez le lieu où vous voulez vous rendre, une barre de progression apparait et le bateau bouge. Pendant le temps du voyage, vous pouvez vaquer à vos occupations, pécher, arroser les plantes, cuire un truc, discuter avec les passagers, les nourrir, construire un nouveau bâtiment, c'est pas les choses à faire qui manquent.

Et vient le moment où il n'y a plus de place. Pas de panique, vous pouvez vous rendre dans le chantier naval d'Albert, un requin blagueur qui améliorera votre navire contre des Glims (la monnaie du jeu) et des... ressources. Vous sentez le début d'un souci ? C'est normal.

Une fois le pont agrandi, vous rencontrez d'autres personnes, qui vous demandent d'autres choses et cela demande de nouveaux ingrédients, matériaux et donc d'aller dans de nouveaux endroits. Tout est bien justifié par le scénario qui utilise les différentes demandes de vos protégés pour vous amener à tel ou tel endroit. Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus personne à transporter.

 

Pose de bâtiment - Spiritfarer
Stella Génie Civil !
Cuisine - Spiritfarer
Stella Gastronomie !

Des hauts et des bas, la vie, c'est un peu chiant parfois.

Le problème, c'est que... on s'ennuie vite. Spiritfarer nous donne tellement de choses à faire en même temps qu'on a vite l'impression d'être à bord de la Start-up Nation et de frôler le burn-out. Mais, pourtant, je viens de dire que c'était ennuyeux. Paradoxal ? Pas tant que ça : la majeure partie des actions à effectuer sont laborieuses et inutiles.

Par exemple, vous avez besoin de couper un arbre pour obtenir du bois. C'est mignon, vous et votre chat utilisez une sorte de scie magique pour couper l'arbre, et donc vous devez faire les mouvements de scie avec votre manette. A. Chaque. Fois. Et comme si ça ne suffisait pas, il faut ensuite faire des planches. Il faut alors mettre le bois dans la machine et manier une sorte de scie pour suivre un trait de découpe pour obtenir 4 planches au lieu d'une seule. Un mini-jeu inutile et à répéter à chaque fois que vous aurez besoin de planches.

Chaque action de collecte devient un farm constant. Améliorer son navire est laborieux, surtout qu'une fois construit, vous pouvez encore améliorer les bâtiments avec des Glims et des ressources. Chaque voyage devient de plus en plus long, surtout qu'il existe un cycle quotidien, réparti en 4 étapes, matin, après-midi, crépuscule, nuit, phase de sommeil. Et pendant cette phase de sommeil, heureusement passable en dormant, vous ne pouvez pas naviguer !

Et le matin, c'est la même routine, vous réveillez tout le monde avec la cloche, vous les nourrissez, faites un câlin quand c'est disponible, naviguez jusqu'au prochain lieu etc etc...

C'est mon problème principal avec ce jeu : passé le premier personnage transporté, j'ai commencé à ne plus en avoir rien à faire. Les dialogues et histoires sont bien écrits et sont intéressants - bien qu'un peu simplistes - mais sont noyés dans ce flot incessant d'actions répétitives à effectuer. A force de me prendre la tête sur qui mange quoi et attention à pas leur donner la même chose que la veille, j'ai l'impression d'être un propriétaire d'un AirBNB pour chiants et ça se ressent sur l'affect que j'ai pour eux.

La pèche - Spiritfarer
J'espère que vous aimez pécher...
Coupe d'un arbre - Spiritfarer
Ca repousse ! Vous inquiétez pas !

Spiritfarer rate le coche. Son concept est intéressant, mais il semblerait qu'il ait eu peur de son propre minimalisme. C'est le syndrome No Man's Sky où un studio a tellement peur que les gens s'ennuient avec leur sujet qu'ils nous donnent une grosse quantité de choses à faire, sans considérer le fait que cela n'affecte le sujet principal.

Alors c'est beau, c'est mignon, et il a ses moments. Les personnages sont tous attachants à leur manière, même lorsqu'ils sont irritants. C'est un jeu qui transpire l'humanité et l'empathie par tous les pores. Et il mérite d'être connu pour arriver à traiter d'un sujet difficile avec un ton bienveillant.

Je ne peux toutefois pas dire que c'est un bon jeu vidéo, et c'est dommage. Passé les 5h de jeu, c'est lent et ennuyeux. Et il faut en compter 20 pour aller au bout, sans aller chercher tout ce qui a été caché dans la carte.

A bientôt pour de nouvelles aventures numériques !

Lupus

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